Les dérives autoritaires de la gouvernance Talon| Analyse de Ganiou Soglo

L’ex-ministre des Sports et de la culture du Bénin sous l’air de l’ex-président Yayi Boni dresse un tableau sombre de la gouvernance du régime du nouveau départ. En effet, c’est par un poste sur sa page Facebook que l’ex-ministre et fils de l’ex-Président Nicéphore Soglo a pris ses marques ce lundi. Comme à son habitude depuis l’avènement du régime du nouveau départ, un régime dont il était proche. Il fait donc une critique rationnelle de la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement sans passer sous silence les dérives autoritaires de la gouvernance Talon.

Il faut que je vous dise…

En science politique on définit un régime autoritaire à la main mise qu’a un pouvoir sur toutes les autres institutions de la république : l’exécutif, le législatif et le judiciaire. L’opposition est repoussée au rang de faire-valoir. Il peut y avoir des élections mais celles-ci ne sont qu’à l’avantage du régime en place. Si formellement les élections sont libres et encadrées légalement, le pouvoir n’hésite pas à intervenir pour mettre de côté voire éliminer des opposants par des moyens peu démocratiques. D’un point de vue légal, on peut constater la présence de mécanismes empêchant les opposants de se présenter tels que la nécessité de recueillir des voix de parrainage de la part des députés et élus municipaux. Lesquels sont généralement fidèles au pouvoir en place.
En outre, d’autres moyens bien moins légaux sont appliqués, bourrage d’urnes, intimidations, pressions, corruption, diffamation ou encore privation de l’accès à certains médias. Ce sont des pratiques courantes pour dissuader l’opposition. Il en résulte d’une part une absence de renouvellement des élites et du personnel politique. Et d’autre part, la population devient blasée.
Il importe de noter que le quatrième pouvoir à savoir les médias est aux mains de l’État. Les autres médias d’opposition sont ostracisés.

On croirait à une description de la République du Bénin sous le président Talon.

Depuis le 17 mai dernier et la parodie d’élection organisée par le régime de la rupture, l’opinion publique nationale et internationale assiste médusées au plus grand capharnaüm politique jamais organisé dans une république bananière.
Définitivement notre pays vient de basculer de l’autre côté de la barrière. Le régime politique du Président Patrice Talon est un régime autocratique. Aujourd’hui et pour ceux qui en doutaient c’est factuel. Ce n’est pas de l’aigreur d’opposant ou un désir caché d’aller à la rivière.

Au bout de l’ancienne corde qu’on tisse la nouvelle..

Après les épisodes d’emprunts multiples, la gestion chaotique du COVID-19, le Bénin entre dans un autre mélodrame politique avec les lois Talon.
Petite rétrospective, le Bénin organise des élections libres et démocratiques depuis 1990 avec le référendum constituant, portant sur le projet de constitution en République du Bénin, puis avec une pléthore d’élections dont les présidentielles de 1996, 2001, 2006, 2011, 2016 et dans un second temps 7 élections législatives (à partir de 1991) puis enfin à la faveur de la loi de 1999 sur la décentralisation, les premières élections municipales de 2002, 2008 et 2015. Au delà de cette considération, 3 élections majeures ont été organisées depuis la loi 2013-06 portant code électoral en République du Bénin sans anicroche.

Oui, il n’y a que l’œuvre de Dieu qui est parfaite.

Oui toute œuvre est perfectible.

Oui, il est normal et compréhensible que l’on veuille faire évoluer une loi

Oui, notre pays a besoin de réformes

Mais ces amendements ou réformes doivent être inclusives et pour le bien-être du peuple. Sinon on assiste au pitoyable spectacle qui a fait sourire le monde entier.
L’immiscion des 10% pour une élection de proximité relève de l’incongruité de nos dirigeants et de leur seule volonté d’exclure la majorité silencieuse de la gestion de la chose publique.

Symbole d’un régime autoritaire voire autocratique, le président Talon nous soumet à une verticalité du pouvoir pour mieux en avoir le contrôle pour ses seules affaires. Progressivement, notre démocratie subit une transformation symbolisée par un durcissement de l’attitude des thuriféraires face au peuple.

Pour ma part…

L’Union Economique Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) nous présente un cliché inquiétant des conséquences de la pandémie du Covid-19 sur les économies des pays de sa zone. Cette inquiétude est corroborée par des analyses de la Banque Mondiale et du FMI qui stipulent que notre croissance sera négative des suites des effets négatifs de la crise sanitaire qui secouent le monde depuis près de 3 mois.

Les secteurs du tourisme, de l’hôtellerie et des services connaissent une perte sèche de leur chiffre d’affaire estimée à plus de 65% et 80% pour les détaillants dans le secteur du commerce. Sachant que dans ces pays qui dit détaillants parle du secteur informel.

Dans le secteur de l’agriculture, d’énormes perturbations sont enregistrées de part et d’autre. Plus précisément dans le stockage et la distribution. Dans le secteur du coton par exemple les exportations ont chuté de 6,8%, la noix de cajou souffre du confinement asiatique.
Cet état de chose entraine d’énormes invendus qui dorment dans les entrepôts avec comme conséquence pour un pays comme le nôtre :
– Baisse des recettes douanières
– Perte d’approvisionnement
– Perte de revenu
– Non respect des échéances
– Endettement massif

Le coronavirus a fait près de 250 000 morts dans le monde. L’Afrique à priori a été épargnée par le lot morbide qu’a connu les autres continents même si nous devons rester mesurés car nous ne connaissons pas encore une baisse du nombre de cas de malades pour tirer des conclusions.

Je propose que le Président de la République dans une allocution solennelle nous fasse un bilan exhaustif de la gestion de cette pandémie, qu’il en tire les conséquences et qu’il remette le pays au travail. Il n’est pas encore tard pour bien faire.
Un véritable dialogue doit être envisagé, nos morts dont les corps sont encore à la morgue doivent trouver le repos. Justice doit être faite pour le Jeune DJAHO. Un Bénin prospère ne peut se réaliser sans ses fils en exil.

Dans cette dynamique, l’Etat doit considérer cette année comme blanche. Il faut dont limiter les dégâts en gérant tant bien que mal les affaires courantes, mais surtout proposer un plan stratégique dans le domaine de l’agriculture, la santé et l’éducation avec des orientations qui devront prendre en compte les impacts négatifs de la pandémie.
Par exemple dans l’agriculture, nous devons envisager augmenter les tonnages de la production vivrière au détriment des produits d’exportation, dans la santé il urge de proposer une politique dans ce secteur avec une autre approche de la médecine, j’en avais déjà parlé ; avec une année en demi teinte nos responsables de l’éducation doivent penser comment envisager la remise à niveau des apprenants pour que cela ne soit pas handicapant à terme.

C’est ce que je pense, et vous ? Qu’en pensez-vous ? “

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